LENA CIRCUS & Hiroko Komiya / TOKI NO ARIKA - 2008

by LENA CIRCUS

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about

Chronique parue dans Foxy Digitalis
"TOKI NO ARIKA" par François Hubert

Lena Circus is a Parisian experimental outfit which has been playing with Butoh performers for several years. Originally formed as a duo in 1999, it now revolves around the core trio of Guillaume Arbonville (drums, percussions), Nicolas Moulin (guitar) and Antoine Letellier (guitar, flute, ukulele).

This is the band’s first proper CD after a dozen of self-released cdr’s. It features the multiple talents of Hiroko Tomiya who, in addition to singing, uses all kinds of percussions – from small bells to stones, bamboo, sand, leaves and sea shells. She is also known for making music for Butoh dancer Atsushi Takenouchi’s performances along with being a member of his Jinen workshop.

The music of Lena Circus is simply superb. If I had to describe it in a few words, I’d say it actually sounds like a musical translation of Butoh dance movements. Not only is it the perfect companion to such an art form, I’d go as far as to say it is one of the most accomplished expressions of music AS dance.

From the very first track, the band is able to create a remarkable sense of tension. The music shows a very strong presence right from the start as some delicate electric guitar lines are heard spiralling in the background, sustained by a very subtle set of percussions. Hiroko’s voice is hovering in mid-air, tracing some ethereal melodic curves.

The second track delineates a much darker atmosphere. It almost acts like the exact counterpart to the first one. The sound recording has an amazing clarity, yet the overall textures strangely feel... out of reach – as if they had been electronically-treated or carefully molded like clay (to use another simile). Both the sound engineer’s work and the band’s collective playing should be praised here as one of the distinctive qualities of this album is that it was actually recorded live – in one day – without overdubs and other effects. The resulting music is all the more stunning.

By the third track, we litteraly enter another world... full of conflicting sounds and colors. It’s as if the acoustic space was actually made of a series of dissolving walls that keep reappearing in the most unlikely places. This is what gives the music its unique sense of strength and delicacy. Every sound has the chance to breathe. The guitars become something else entirely, transformed as they are into abstract sonic devices (which often tend to sound like violas), while the muted screams + weightless percussions keep fluttering about in the most agitated manner. Our sense of time is now completely annihilated.

Tracks 4 and 5 are like short transitory pathways – the first one displaying a somewhat “free” approach, while the second one relies on a more relaxed, yet lively atmosphere, full on subtle, gamelan-like percussions.
Track 6 may be the most impressive of the whole set. It begins very quietly with a duo for percussions before the guitars begin to cast abstract sonic shapes whose level of intensity is only matched by the amount of gracefulness that is maintained throughout.

By contrast, the last track almost takes the opposite approach as it explores the sources of strength that may be found in a deceptively quieter environment. As the minimal chords played by the yukulele start to resonate through space, we are guided through a series of meditative, yet slightly chaotic soundscapes which are all the more captivating as they are able to produce a feeling of serenity in the most disquieting way. This is just breathtaking...

Like all great artforms, this music transcends its own medium by going right through the most expressive human gestures: music, dance, painting, poetry... By focusing on the subtle interplay that exists between the musicians, it also opens up a creative space that belongs to us all. Not only is this CD the most beautiful album I’ve heard this year, it really stands as some of the best music I have ever heard. Truly essential. 10/10 -- Francois Hubert, Foxy Digitalis, 12 November, 2008


Chronique parue dans le magazine Traverses (n°24)
"TOKI NO ARIKA" par Stéphane Fougère

Depuis sa création en 1999, LENA CIRCUS (formé d'Antoine LETELLIER, Nicolas MOULIN et Guillaume ARBONVILLE) s'est taillé une réputation dans la sphère underground française (surtout parisienne) pour ses interactions musicales avec d'autres formes artistiques contemporaines, telles que des actions de plasticiens, des ciné-concerts et, surtout, des performances de danse butô. Dans cette expression chorégraphique née dans le Japon des années 1960, les gestuelles déconstruites et hiératiques, qui traduisent autant une réflexion existentielle qu'une exploration intérieure, accordent une place non négligeable à l'improvisation. De même, l'"illustration" musicale qu'en fait LENA CIRCUS cultive l'expérimentation spontanée pour générer une musique atmosphérique dont les troubles reliefs féfléchissent la lenteur rituélique de la performance butô ainsi que ses plongées ténébreuses dans les sous-sols de l'âme.
Bien que n'étant pas directement raccordée à une performance butô, la musique du nouvel album de LENA CIRCUS (qui paraît cinq ans après ses deux précédents CD - cf. TRAVERSES n°14) n'en est pas moins nourrie de ses inflexions et de ses climats. Provenant d'une session live en studio, les sept pièces de Toki No Arika sculptent des instantanés atmosphériques à la spatialité caverneuse qui sont comme les miroirs des contorsions corporelles du butô. Elles génèrent des visions anamorphiques faites de drones lancinants, de volutes vibratoires, d'écoulements statiques, de tensions organiques, de soubresauts, de grondements, de crispations qui vivent par et pour eux-mêmes... comme si on cherchait à freiner un phénomène d'ébullition dans son élan vers le stade éruptif.
L'instrumentarium de base de LENA CIRCUS (guitares, batterie, percussions) est ici complété par la grammaire sonore et vocale de Hiroko KOMIYA, une percussionniste qui évolue également dans l'univers butô après avoir étudié les percussion auprès d'un joueur de tabla indien. Son approche primale de la voix et sa panoplie de percussions, objets et sons naturels divers accentuent les reliefs et les strates des espaces creusés par le trio, en quête des respirations dansantes des ténèbres de l'existence.

Stéphane Fougère, Traverses N°24, 3 octobre 2008


Chronique parue dans Mille Feuille
"TOKI NO ARIKA" par Marteen B.

Visualisons la scène. Lena Circus est un collectif de trois musiciens tournés vers le jazz et l'improvisation. Deux guitaristes, que l'on placera l'un à gauche, l'autre à droite. Nicolas Moulin joue sur une guitare acoustique amplifiée, ou sur une guitare électrique, dans un cas comme dans l'autre, tenue dans la position d'un violoncelle, avec un rack conséquent d'effets. Antoine Letellier joue de la guitare, du yukulele, mais aussi de la flûte. À la batterie, Guillaume Arbonville : les fûts et les cymbales sont environnés de gongs, joués aux balais, à la main, avec une masse, etc.

Pour Toki no Arika, qui suit une conséquente production de EP, Lena Circus a travaillé avec la percussionniste japonaise Hiroko Komiya, laquelle joue assise sur un tapis, environnée d'objets (saladier de métal où faire tintinnabuler l'eau, lamelles de bois, galets...), d'instruments jouets (cliquets, sifflets...), de micros. Un morceau comme Eggbox est d'ailleurs forgé de sonorités qui rappellent la musique japonaise, avec ses percussions et ses râles rauques.

Le tout couvre une gamme de sons assez considérables.

Le thème de la spatialisation fournit une métaphore propre à rendre compte de l'effet musical obtenu. Imaginons que soit planté un paysage. Un arbre. Des branches aux ramifications prolongées. Innombrables feuilles. Une rivière. Le ciel. Des nuages. Le temps de cette musique passe à travers les éléments du paysage en un miroitement improvisé, où tout bouge, remue, où des événements sonores sans cesse nouveau se produisent, tout comme ce paysage est agité. Ainsi, un morceau de Lena Circus est avant tout un dispositif, une matrice de phénomènes dans le temps et l'espace.

Si Ephemeral Fish peut avoir une dimension bucolique, dimanche, partie de pêche, avec sa comptine enfantine chantée dans les buissons, la suite sonnera souvent plus âpre, beaucoup de liquides certes pour Sertao, mais, globalement, des mouvements plus vifs, des esquives, des précipitations et accélérations. Le paysage est intranquille, ou inquiété. Le ventre des nuages se boursouffle, électrisé.

Ici, la musique est événements. En cela, l'écriture est très proche de la musique contemporaine. La plage sonore est le lieu de micro-interventions animant une moire spacieuse, sinueuse, ondoyante, que chaque musicien intensifie avec ses manifestations. Réverbération de guitare. Corde sifflant sous l'archet. Souffles. Cris. Frisottis de cymbales.

Pas de morceau, mais un régime d'événements. Lesquels régimes sont d'ailleurs très variés : soit parce que extrêmement denses, tendus, presque nerveux, soit au contraire parce qu'ils ménagent au vide une large place entre les événements (Unéri, hiératique), soit enfin parce qu'ils intègrent une économie du chant (Ephemeral fish et sa simili comptine circulaire), ou du cri-criaillement (Yugamu, Kagamu, Chijimu).

Jouée par une formation free-jazz, au demeurant non violente, cette musique est hypnotique, forçant l'attention vers une jubilatoire tension de l'écoute, où les objets sonores pétillent, irradient. Hiroko Komiya, qui double les sons d'un geste, est une partenaire parfaite : elle malaxe et fait crisser des coquillages dans une main, tapote des tringles, froisse des fibres, jouant de l'instrument et du son comme le chat avec un caillou, une souris ou une pelote de laine. La matière sonore extrêmement dense est toujours sensuelle, ce qui rend très amicale une trame pourtant complexe.

Marteen B, Mille Feuille. 2 janvier 2009

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released February 2, 2008

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